Biel - 25 January 2009 - 29 March 2009
Stéphane Zaech - Visions de Van avec la participation de Michael Ashcroft, Elisabeth Llach, Virginie Morillo
Les peintures de Stéphane Zaech (*1966, vit et travaille à Montreux et Villeneuve) concentrent dans l'espace de la toile plusieurs temporalités. Puisant dans le répertoire des maîtres classiques du Titien à Picasso, elles n'en sont pas moins riches de détails issus de notre univers contemporain et familier. Ses œuvres proposent également une réflexion sur la peinture elle-même, interrogeant entre autres le statut de l'image ou la relation entre le peintre et son modèle. Pour son exposition personnelle au CentrePasquArt de Bienne, Stéphane Zaech - par l'intermédiaire de Van - nous donne à voir ses œuvres récentes et nous invite ainsi à entrer dans son univers pictural empreint de liberté, de ruse et d'humour. Zaech convie également trois artistes à dialoguer avec son travail. Si leur langage diffère, les œuvres de Michael Ashcroft, Elisabeth Llach et Virginie Morillo partagent des préoccupations formelles semblables, et parfois des fantasmagories communes.
Lorsque nous découvrons les peintures de Stéphane Zaech, nous cherchons dans un premier temps à retrouver quel maître l'artiste a détourné: qu'il s'agisse d'une Vierge de la Renaissance ou d'une odalisque moderne, d'un corps à la Gréco qui s'élance dans l'espace loin de toute logique anatomique, d'une robe en dentelle noire portée par les Ménines de Velázquez, d'une pomme ou autres objets issus des natures mortes flamandes ou cubistes, d'un déjeuner sur l'herbe, ou encore d'un profil à la Picasso. Puis notre mémoire se brouille et s'emballe. Des détails formels ou des objets inattendus brisent la linéarité temporelle de l'histoire par un processus de condensation et viennent contredire la vision première que nous nous faisons de l'œuvre. Force est alors de constater que nous nous trouvons face à un travail fortement personnel, original et actuel. C'est que l'artiste, guidé par ses pinceaux et par les personnages qu'il crée, laisse parler librement la peinture. Celle-ci remplit l'espace de la toile, parfois jusqu'à saturation. Le fond contamine la figure - un arrière-plan aquatique transforme les corps des modèles en mollusques flasques - ou au contraire un premier plan végétal vient se poser sur les silhouettes élégantes de femmes en petite robe noire comme une protubérance. Ailleurs c'est un élément discordant ou trivial qui fait soudain son apparition, comme les tongs aux pieds d'une Vénus, un bois de chevreuil dans les mains d'une femme ou un crabe au beau milieu d'une forêt. Ces éléments participent non seulement à la création d'un monde fantasmagorique mais aussi à l'organisation plastique de la toile, à la répartition des masses. Si l'espace des œuvres est souvent fermé, il s'ouvre dans les nouvelles peintures qui jouent avec les notions de perspective et dont les couleurs vives apportent une touche lumineuse à l'intérieur d'un univers jusqu'alors plutôt sombre et sourd.
Un groupe d'œuvres récentes intitulées "La vie de Van" (2006-2008) s'inscrit de manière toute particulière dans la création de l'artiste qui ne travaille habituellement pas en séries. Il s'agit de 56 scènes représentant un homme et une femme enlacés qui évoquent le couple classique du peintre et de son modèle, comme le soulignent la plupart du temps le visage peint de l'homme et le nom même de Van, personnage fictionnel évoquant les différents Van de l'histoire de l'art. Une certaine tension émane de ces couples improbables souvent mal assortis, tension présente dans l'ensemble du travail de Stéphane Zaech qui s'éloigne de toute séduction pour rechercher l'élégance dans la discordance et la complexité. Telle une mise en abyme de la peinture elle-même, cette série de toiles sert de fil rouge dans l'accrochage de l'exposition. Placées dans l'enfilade des Galeries ainsi que tout le long du corridor du Parkett 1, elles semblent regarder et commenter les autres œuvres exposées.
L'accrochage inclut par intermittence des œuvres de trois artistes invités. Elargissant ainsi le dialogue au-delà des œuvres entre elles, Stéphane Zaech se confronte non pas comme d'habitude aux fantômes de l'histoire de l'art, mais à des artistes contemporains. Ce jeu de regards entrecroisés révèle des préoccupations communes. Les paysages de Michael Ashcroft (*1974, vit et travaille à Londres) sont tirés de photographies de prospectus de voyage pour redevenir peintures impressionnistes. L'univers d'Elisabeth Llach (*1970, vit et travaille à La Russille, VD) est peuplé d'étranges personnages issus d'un imaginaire personnel et florissant qui semblent jaillir sur la feuille de papier avant de se dissoudre dans la peinture elle-même. Les dessins au trait noir de Virginie Morillo (*1982, vit et travaille à Genève) d'apparence séduisante sont contaminés d'éléments discordants qui irritent ou amusent le spectateur.
Caroline Nicod
Commissaire de l'exposition: Caroline Nicod, assistante scientifique de la direction
Publication
En parallèle à l'exposition paraît le livre "Stéphane Zaech. Loyola, Collection art&fiction"", Niggli Verlag, Zurich (160 pages, 140 ill. couleur), avec un texte de Philippe Pirotte et un entretien de l'artiste par Florence Grivel.


