Biel - 29 June 2008 - 31 August 2008
Luo Mingjun - 尘 Poussière Rouge Verwehter Staub
Le CentrePasquArt présente la première exposition muséale personnelle de Luo Mingjun, artiste chinoise installée en Suisse depuis plus de vingt ans. Imprégnée de deux cultures différentes, elle articule principalement ses travaux autour de la notion d'identité. Dans ses œuvres les plus récentes qu'elle a réalisées spécialement pour l'exposition, elle exprime notamment le souvenir de son environnement passé mais aussi présent. Ce travail témoigne d'une nouvelle phase de création de l'artiste.
尘 "Poussière" est le titre choisi par Luo Mingjun (*1963, originaire de Hunan, vit à Bienne et travaille régulièrement en Chine) pour sa première exposition personnelle dans un musée. Ce terme, fortement ancré dans la culture chinoise, révèle d'emblée l'origine de l'artiste. Selon l'idéologie bouddhiste, le grain de poussière symbolise l'unique vie humaine sur terre. Ou comme le dicte la conception maoïste, il nous incombe d'éliminer chaque jour la poussière qui encombre notre cerveau, ce qu'il ne peut pas faire de lui-même. Selon le taoïsme, nous atteignons la pureté absolue quand nous sommes libérés de toute poussière. "Poussière Rouge" signifie la vie quotidienne en soi, le rouge faisant penser à la propagande politique du pays d'origine de Luo Mingun. La poussière est comme la fumée, elle se disperse au moindre souffle ou s'en va plus loin. La poussière a évidemment aussi une signification dans la culture occidentale: nous étions poussières et nous redeviendrons poussière. Pour l'artiste la poussière est le symbole du passé, le vestige d'un souvenir. Chaque moment est déjà de l'ordre du passé à l'instant suivant.
Parkett 2 Dans les travaux de Luo Mingjun, réalisés très minutieusement, trait par trait, on dirait qu'il ne reste que de la poussière de crayon sur le papier. Des amis, des membres de la famille ou des classes entières y sont mis en scène. Ses nouveaux dessins reflètent le souffle des souvenirs. Ils donnent l'impression d'être des photographies en noir et blanc, presque entièrement délavées. Chaque trait effectué lui fait revivre le passé. Cette esthétique de la pâleur se retrouve dans ses récentes créations dans lesquelles elle utilise de la peinture blanche sur de la toile naturelle. La coexistence subtile des surfaces peintes et brutes confère une tension de ce qui a été vu et vécu. C'est dans cette pâleur et dans la douleur qui est associée au souvenir que l'approche de Luo Mingjun se différencie de nombreux artistes chinois contemporains qui traitent de la thématique du flou à la manière d'un Gerhard Richter.
Dans le cycle de peintures le plus récent, l'artiste renoue pour la première fois avec son mode d'expression initial qu'est la peinture, une technique qu'elle a abandonnée pendant une longue période après avoir passé quelques années en Suisse. Elle s'est alors intéressée à la peinture à l'encre de Chine. Le chemin qu'elle a emprunté l'a ensuite ramenée, en passant par l'abstraction, aux "Petites Choses" dans lesquelles elle reproduit des objets du quotidien et retourne finalement vers le concret et le figuratif - qui rappellent le tissu brodé Aches (douleurs) réalisé à Shanghai et exposé dans la vitrine avec des objets de l'artiste. Au niveau thématique, elle centre sa recherche principalement autour de la notion d'identité. Avec ses peintures et dessins récents, elle élargit pour la première fois cette recherche aux souvenirs de son environnement passé et présent ainsi qu'aux personnes qui y sont associées. Ce qui auparavant restait caché dans les formes abstraites, les objets du quotidien et l'encre de Chine délavée, est exprimé ici de manière directe. Luo Mingjun sonde son chemin de vie, sa trajectoire artistique ainsi que le temps qui englobe le tout.
Salle Poma Le point fort de cette réflexion est l'installation monumentale dans la plus grande salle d'exposition dans laquelle le visiteur est complètement entouré et pris au piège par la poussière rouge d'hommes, de paysages, de villes et de situations. Au centre, une vidéo de l'artiste qui coût ensemble ses cartes d'identité chinoise et suisse montre comment elle tente péniblement de trouver sa propre place entre ses deux identités.
Dolores Denaro
Dans le cadre de l'exposition paraît chez Verlag für moderne Kunst Nürnberg une monographie illustrée par l'ensemble des œuvres exposées et accompagnée de textes de Dolores Denaro, Zou Yuejin et de l'artiste, Chin./All./Franç.
Editions spéciales
A l'occasion de l'exposition paraissent deux lithographies de l'artiste Luo Mingjun:
Titre: Passants
Année: 2008
Technique: Lithographie en deux couleurs
Dimension: 48 x 59 cm
Tirage: 20 ex., chacun numéroté et signé par l'artiste
Impression: Tom Blaess, Berne
Titre: Quai de la rivière Changde
Année: 2008
Technique: Lithographie en deux couleurs
Dimension: 48 x 59 cm
Tirage: 20 ex., chacun numéroté et signé par l'artiste
Impression: Tom Blaess, Berne


