Biel - 17 January 2010 - 14 March 2010
Com&Com - La réalité dépasse la fiction
Depuis bientôt quinze ans, le duo d'artistes helvétiques Com&Com - composé de Marcus Gossolt (né en 1969) et Johannes M. Hedinger (né en 1971) - fait parler de lui avec son art conceptuel axé sur le processus et la communication. L'appellation Com&Com est elle-même devenue la signature d'un art qui se réfère aux stratégies du marketing, tout comme elle traduit le concept de la paternité artistique commune ainsi que le recours professionnel au film, à la photographie et aux articles de merchandising. Les légendes narrant les origines de la Suisse, que les deux artistes se plaisent à parodier, mais aussi tout le star-system qu'ils analysent avec ironie, leur vaudront bientôt une renommée internationale. "C-Files: Tell Saga" (1999-2001) leur fournit l'occasion de présenter pour la première fois leur travail au Kunsthaus de Zurich, et les propulse en 2001 à la Biennale de Venise, sur l'invitation de Harald Szeemann.
Avec juste ce qu'il faut de provocation dans leurs bagages, ils conçoivent ensuite des projets de communication qui dépassent le contexte artistique, mobilisent le public devenu interlocuteur, et poursuivent l'exploration du thème de l'identité. "Mocmoc" (2003- 2007) - anagramme autoréférentiel du label des artistes - est une statue qu'ils vont ériger à Romanshorn pour illustrer les origines de la ville. En réalité, le mythe est inventé de toutes pièces, et le phénomène se termine en apothéose par un vote politique sur l'élimination du monument. Voilà qui provoque de vastes débats sur la véritable identité. A l'aide de dessins d'enfants, d'une pièce radiophonique ponctuée de chansonnettes et autres comptines, d'un site sur Internet, d'articles publicitaires ainsi que de la petite mascotte ad hoc, le duo d'artistes justifie la participation active de la population, mais aussi le caractère interchangeable des mythes d'origine, puisque l'action sera exportée dans trois autres pays.
Avec "Gugusdada" (de 2004 à aujourd'hui) - clin d'œil au mouvement artistique né à Zurich -, Com&Com parvient à un paroxysme dans les actions controversées, en incitant un couple à baptiser son nouveau-né du nom de Dada. Déclaré œuvre d'art, l'enfant se voit défini comme ready-made dans la grande tradition de Marcel Duchamp.
Après cette phase de participations et de provocations, les deux artistes abordent depuis 2005 l'œuvre d'art originelle, ainsi que de nouveaux thèmes. C'est ainsi qu'ils réalisent le roadmovie "The Big One" (2005-2007), parallèlement à un nouvel hommage à la peinture abstraite.
En cette fin de société des loisirs, Com&Com réalise le "First Post-Ironic Manifesto" (2008) pour mieux renier la mentalité entretenue jusque-là, et se penche désormais sur des questions qui ont trait à la liberté, à la beauté et au sens de la vie. Leur actuel projet Internet "Making Ideas" (depuis 2009) prospecte des idées et des rêves qui n'ont pas encore vu le jour, avec pour toile de fond les défis de notre époque. En tant que motif et matériau, la nature se situe également au centre de leur activité. Le duo Com&Com, qui découvre les média traditionnels, célèbre l'artisanat et part à la recherche d'une nouvelle vérité. C'est la première fois que les deux artistes présentent à Bienne leurs propres dessins, céramiques et sculptures en bois, ainsi qu'une grande installation, "Baum" (2010). Conformément au titre de l'exposition, que l'on décrypte à la fin de la visite, ils célèbrent dans cette première rétrospective une nature qui ne saurait être surpassée dans sa sublime sobriété.
kbe



